Ecrit par Maurice Simo Djom (Le Jour)
L'écrivain, peintre, homme politique, chef traditionnel et fondateur de religion est décédé à Tiko samedi à l'âge de 73 ans.
Il ne croyait pas à Copenhague. Une foire bien futile, disait-il en évoquant ce rendez-vous "folklorique". Il savait, du moins il avait la ferme conviction, au-delà du tapage bon teint sur l'engagement écologique, que ce sommet accoucherait d'une souris et que les pays riches s'en retourneraient décidés plus que jamais à détruire la planète par leurs industries "de travers". Cet engagement, Mbella Sonne Dipoko l'a noté en noir et blanc sur un papier trois jours avant de mourir. C'était sous la forme d'un poème publié par nos confrères du trihebdomadaire d'expression anglaise The Post.
Lundi 7 décembre 2009, c'est le même journal qui annonçait le décès de cet écrivain, auteur de deux romans célèbres et d’un recueil de poèmes. Né à Douala en 1936, Mbella Sonne Dipoko a grandi dans la partie anglophone du Cameroun et au Nigeria. En 1958, il est employé comme reporter au sein de la Nigerian Broadcasting corporation (Nbc), avant de s'envoler pour la France où il poursuit des études de droit. Selon Charlie Ndi Chia, le rédacteur en chef du Post que nous avons joint au téléphone avant-hier soir, Mbella Sonne Dipoko a été enterré sans coup férir, samedi, quelques heures après sa mort, conformément à ses dernières volontés.
Copenhague
Auteurs d'une chronique littéraire ayant paru dans les colonnes de votre journal, Dibussi Tande et Joyce Ashuntantang, reprenant ainsi l'encyclopédie de la littérature africaine parue en 2002, disent du disparu qu'il représente la première génération de romanciers camerounais et est encore considéré, avec Kenjo Jumbam, comme étant l’un des plus importants écrivains camerounais anglophones. "Because of Women" paru en 1968 est l’un des romans camerounais écrits en anglais les plus connus, et, sans nul doute, son œuvre majeure. Le roman raconte les tribulations d’un pêcheur qui doit choisir entre deux épouses potentielles, et à qui finalement les deux échappent, à cause de son incapacité à comprendre ses propres désirs et ses réels besoins. Le roman fut l’objet de controverses, d’abord parce que la maison d’édition Heinemann se rétracta devant la perspective de publier dans sa prestigieuse « African Writers Series», une œuvre parlant de sexe de manière explicite, et parce que l’œuvre fut accusée de misogynie. Dans « A Few Nights and Days » (1966), Mbella Sonne Dipoko décrit la vie de quatre étudiants en France, dont un couple interracial, parlant ainsi des relations entre l’Europe et l’Afrique. Dipoko a également publié un recueil de poèmes, « Black and White in Love » (1972).
Toujours selon Dibussi Tande et Joyce Ashuntantang, Mbella Sonne Dipoko est rentré au Cameroun à la fin des années 1980 pour devenir le chef traditionnel de son village natal, Missaka, dans le département du Fako. Il est également considéré comme le chef spirituel d’une religion locale qui s’appelle Esimo ya Mboka. Avec le retour du multipartisme en 1990, Dipoko entre au Rdpc, son point de vue étant alors que le système peut être changé à partir de l’intérieur. Pendant quelques années, il est le maire de son Tiko natal dans le département du Fako, avant d’être déposé par la machine locale du Rdpc.
Bien que Dipoko n’ait pas publié d’autre livre après Black and White in Love, ses poèmes apparaissent de temps en temps dans le journal The Post. Il continue de recevoir l’attention critique de l’Occident, ses poèmes étant encore publiés dans des anthologies et enseignés dans des cours de littérature africaine dans les départements d’études africaines de nombreuses universités. Son poème favori des anthologies demeure ‘Our History (To Precolonial Africa)’, dont le thème est la violence et le mensonge séducteur du colonialisme en Afrique. L’une des chansons les plus populaires du hit parade d’Angleterre en 2005, ‘Tatters’, du Britannique Netsayi, est basée sur ce poème.




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